Sanguis Corvum

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Une tragédie.

Une sinistre tragédie, tellement insensée qu’elle en prendrait presque une tournure comique, pour peu qu’on l’on appréciât un tel humour pervers. Avec un semblant de recul, le plus drôle était qu’aucun d’entre eux n’avait vu l’énormité de la situation arriver. Comme si quelqu’un avait appuyé sur un interrupteur, et l’Ember Path avait cessé d’exister.

Mais l’interrupteur avait ici été les rayons de trois lances navales, dont la persistance lumineuse restait douloureusement imprimée sur les rétines de Memnen Thotek. Le capitaine ouvrit la bouche plusieurs fois sans qu’en sorte le moindre son, essayant d’appréhender l’énormité de la situation.

« Boucliers ! hurla Sonzu à côté de lui. Rapport de situation, maintenant ! ».

L’effervescence gagna bientôt la passerelle. Thotek récita rapidement les premières phrases des Enumérations, s’élevant dans les niveaux les plus basiques. Ses yeux allaient d’un écran à l’autre, en passant par le nuage embrasé qu’avait été l’Ember Path. Calmé par l’invocation des écrits de son père, le space marine tentait d’appréhender la situation éléments par éléments, isolant l’émotionnel du rationnel.

« Boucliers levés et à pleine puissance, annonça le capitaine Valeer d’un ton ferme, mais d’où pointait pourtant un sentiment de malaise. Les batteries d’armes se tiennent prêtes à ouvrir le feu, et les générateurs de champs de Geller sont en charge. Je… messeigneurs, que se passe t-il ?

– A vous de nous le dire, grogna Sonzu. Frère ?

– Un instant, murmura Thotek en étudiant les écrans. Capitaine Valeer, confirmez la provenance des tirs ».

L’humaine pianota sur les claviers de ses accoudoirs, tandis que les discrètes prises branchées à sa nuque tressautaient sous le flux d’informations. Imposants dans leurs armures écarlates, Thotek et Sonzu se regardèrent sans rien dire. Si ce qui s’était passé était comme ils pensaient…

« Confirmation, lança Valeer. Les tirs venaient des vaisseaux de la Raven Guard. Ils pivotent vers nous, et je détecte quatre escadrilles de chasseurs en approche.

– Impossible, dit Sonzu. Frère-capitaine, la prob…

– Silence, coupa Thotek. Sonzu, maintenez le reste du vaisseau en état d’alerte, préparation pour un éventuel abordage. Capitaine Valeer, état des autres vaisseaux, s’il vous plaît.

– J’ai de nombreux retours, mon seigneur. Le Logica Sermonem nous demande la marche à suivre, et a allumé ses boucliers. Les vaisseaux de la Raven Guard se positionnent contre nous et les vaisseaux de la IXème. Le Colchis Noctem semble se diriger vers notre position. Aucun appareil d’abordage détecté.

– Contactez le magos Bexilhus, ordonna Thotek d’un ton ferme. Ordonnez-lui de reculer vers nous, et de tirer des coups de semonce vers la XIXème. Demandez respectueusement au capitaine Carichael de tenir ses positions et d’attendre mes instructions. Mettez-moi en relation avec Corrardi, tout de suite.

– A vos ordres, monseigneur.

– Sonzu. Allez à l’apothecarion, maintenant. Sécurisez-le à tout prix ».

Le Pyrae fronça les sourcils en comprenant, puis détala de la passerelle.

 

 

L’apothecarion du Clara Dominum avait été grand, et bien équipé. C’était pour cela qu’il avait été choisi comme centre de traitement pour les blessés les plus graves après la campagne de Dordolian. Les Orks avaient tous été éliminés, mais à quel prix ; seuls les apothicaires et servitors du Dominum avait permis à de nombreux légionnaires de vivre pour mourir un autre jour.

Et maintenant, tout n’était plus que ruine. Le sergent Terius avait eu un vague aperçu des murs autrefois blancs, désormais couverts d’hémoglobine. Le sol immaculé quelques heures plus tôt était recouvert d’une fine couche de sang, appartenant aux Blood Angels comme aux Thousands Sons. D’après les derniers chiffres d’occupation de l’apothecarion, cela signifiait que vingt-trois Astartes étaient morts, tués par leurs frères.

Terius patrouillait devant l’apothecarion lorsque les coups de feu avaient retenti. Frère Khozan n’avait pas eu la chance de s’échapper, son poitrail réduit en charpie par une salve de bolts venue de nulle part. Vêtus de leurs armures, les noirs Raven Guards étaient sortis par les portes brisées, leurs bolters faisant feu sans s’arrêter. Terius avait battu en retraite avant d’être rejoint par le reste de son escouade, ripostant machinalement tandis que son esprit s’embrouillait. La XIXème semblait avoir planifié cette attaque, passant de la torpeur au carnage. C’était comme si un voile de folie s’était abattu sur leurs cousins, avant de se transformer en voile de sang.

Les fils de Corax étaient réputés dans tout l’Imperium pour leur discrétion, et la soudaineté de l’attaque n’avait été qu’un avantage supplémentaire. Même s’ils étaient tous blessés, les corbeaux de Délivrance avait su faire honneur à leur létale réputation.

« Ils ont un fuseur ! cria Coreal. On ne pourra pas tenir plus longtemps !

– Tirs de couverture et repli tactique, grogna Terius. Nous devons nous rapprocher de la passerelle pour que je puisse contacter… ».

Un sifflement assourdissant interrompit le sergent, suivi d’une explosion de lumière. Le trait du fuseur fit exploser la coursive où les Thousands Sons étaient abrités, aspergeant plusieurs guerriers de métal fondu.

Terius essayait encore de se relever en estimant la situation lorsque qu’un frère le dépassa, son armure écarlate brillant d’éclairs azurés. Récemment promu dans l’escouade et au sein des Corvidae, le jeune Vidya aurait pu être un archiviste de grand talent, si le concile de Nikea n’avait pas mis un frein aux aspirations de la légion. Mais pour l’heure, Vidya était sourd aux édits de l’Empereur ; son bouclier kinétique et son armure arrêtèrent tous les bolts dirigés vers lui, tandis que les éclairs qui partaient de son corps terrassaient chaque corbeau touché. Son cimeterre au clair, il parait et ripostait, sa gestuelle aussi fluide que celle de ses ennemis. La pureté de l’entraînement prospérin se devinait dans chacune de ses feintes, chacune de ses bottes, alors même que la colère empyréenne canalisée par son esprit prélevait un lourd tribut chez l’ennemi.

« Thousands Sons ! cria Terius en épaulant son bolter. Tirs de précision, éliminez ces chiens !

– Par Tizca, voilà qui est parlé ! rugit une voix derrière eux ».

Escorté de deux guerriers, frère Sonzu fit irruption dans le couloir, ses poings nimbés de flammes éthériques. Sa large épée au clair, le second du capitaine chargea en criant, prêtant main forte à Vidya.

 

 

« Le sceau à l’air authentique, clama la voix métallique. Les ordres proviennent bien du Maître de Guerre».

Thotek s’affala sur le trône de commandement du Clara Dominum, tandis que le capitaine Valeer s’écartait avec prestance.

« Je ne comprends pas, fit l’image du capitaine Carichael. Pourquoi Lupercal se retournerait-il contre nous ?

– L’ordre de purge fait état de traîtrise, fit remarquer le magos Bexilhus, son image hololitique vacillant doucement. Encore une fois, le sceau est authentique. Bien que l’implication logique d’une traîtrise de la part des Thousands Sons et des Blood Angels me paraisse dénuée de sens. Conjecture : des éléments nous échappent.

– Si je puis me permettre, intervint Valeer, leurs vaisseaux sont globalement plus rapides que les nôtres. Nous fuyons en maintenant une distance respectable, mais le Colchis Noctem sera à portée de tir dans seize minutes. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils ne nous rattrapent. Et nous détruisent.

– Le capitaine Valeer a raison, déclara Thotek en se redressant. Il nous faudra bien les affronter, et autant que ce soit avec nos conditions. Nous devons gagner du temps pour envoyer des messages aux flottes expéditionnaires les plus proches.

– Nous allons donc affronter d’autres Astartes ? demanda Carichael d’un ton méfiant.

– Oui. Je n’aime pas cela plus que vous, frère, mais la situation ne nous laisse pas beaucoup le choix. Quels que soient les ordres du Maître de Guerre, je ne laisserai pas les miens se faire massacrer sans en référer avant à mon père, et j’imagine que vous feriez la même chose vis-à-vis de Sanguinius.

– Le raisonnement du capitaine Thotek me paraît sans faille, approuva Bexilhus. Remarque : sans même compter leur augmentation récente, les tempêtes Warp de cette région rendent les communications et la navigation difficiles.

– Les Astartes n’ont pas été créés pour la facilité, rétorqua Thotek. Capitaine Valeer, suggestion de cap ?

– La cartographie du sous-secteur Aurelia est largement incomplète, monseigneur. Selon moi, il convient de mettre le cap sur notre objectif originel pour gagner du temps, et nous organiser.

– C’est donc réglé, approuva Carichael. Je fais préparer mes hommes et mes vaisseaux pour une translation Warp de suite ».

 

 

Elle s’appelait Cyrène. Le nom avait été donné par Carichael plusieurs semaines auparavant, dès les premiers retours des sondes exploratrices, et était resté. Cette portion de l’Ultima Segmentum était globalement inexplorée, les signaux relayés par les drones de Mechanicum se perdant trop souvent dans les anomalies spatiales. Cyrène apparaissait comme une aubaine, les premières analyses télémétriques rapportant un monde propice à la vie humaine sans déployer d’importants moyens de terraformation. Il aurait ensuite été facile d’y faire venir les premières barges de colonisation, et d’établir un vaste avant-poste d’où explorer le reste du sous-secteur. Bien sûr, cela n’arriverait pas, en tout cas pas avant des millénaires.

Mais Cyrène restait une planète largement accueillante selon les normes impériales, avec son exposition solaire relativement identique à celle de Terra et une atmosphère largement chargée en oxygène. Sa surface verdâtre recelait une certaine beauté sauvage, comme si elle défiait l’Humanité de la découvrir et se l’approprier.

Et la découverte commença avec violence, lorsque le Warp viola la réalité en s’ouvrant ; le titanesque Logica Sermonem émergea de la faille, la forme du vaisseau-forge faisant penser à une pyramide inversée aux proportions incroyables ; l’anneau irrégulier qui cernait la formidable structure tournait paresseusement, ses centaines de turbines fournissant l’énergie nécessaire à ses forges. Suivirent le croiseur Drop of Light et la barge de bataille Purpura Circulo, deux larmes carmines aux couleurs de la IXème. Enfin, le Clara Dominum pénétra à son tour dans l’espace réel, peint de beige et de rouge. Ses tours chryséléphantines abritaient de nombreuses batteries de canon, tandis que les épaisses plaques de blindage ornementées dissimulaient des baies de lancement pour les oiseaux d’assaut et les Thunderhawks de la légion.

Accompagné de quatre gardes d’honneur et équipé de son armure finement ciselée, le capitaine Ilyedo Carichael était présent ; ses boucles brunes encadraient un visage buriné, où la majesté génétique de sa légion était ternie par un doute nouveau. Occupé dans ses quartiers baroques, le magos Bexilhus n’avait pas fait le déplacement, et était à la place représenté par un automate arachnoïde parlant pour lui. Trois fois trois skitarii l’encadraient, serrés comme des insectes contre leur mère.

Memnen Thotek présidait la réunion, debout sur une section surélevée du strategium. Le Corvidae avait un visage fermé, comme s’il ne souhaitait pas encore partager les résultats de ses raisonnements ; l’ivoire et l’écarlate de son armure brillaient, tandis que des liasses de papyrus pendaient de ses épaulières et sa ceinture. Derrière Thotek se trouvaient plusieurs frères, sous la supervision de Sonzu. Habillée de son uniforme officiel, le capitaine Valeer se tenait fièrement parmi ces géants taillés pour la guerre. Son visage si humain affichait une fermeté tout à fait honorable, surtout compte tenu de la situation.

« Nous suivrons donc ce plan, déclara Carichael. Et que nous fassions honneurs à nos primarques.

– C’est donc décidé, confirma Thotek avec un hochement de tête.

– Bien ».

S’ensuivit un silence gênant, seulement perturbé par le bourdonnement des armures énergétiques et le cliquètement discret des membres du Mechanicum. Il avait fallu presque une heure aux loyalistes – quel terme étrange – pour décider d’un plan de défense, et déployer la maigre flotte en orbite autour de Cyrène. Mais maintenant que le côté pratique des choses était passé, seules restaient les questions que personne ne voulait aborder.

« Magos Bexilhus, finit par dire Thotek, des avancées sur les communications extra-système ?

– Je dois répondre par la négative, transmit l’automate d’une voix monotone. L’anomalie détectée dans le système dit X54S5F69 est particulière à cette région de l’Ultima Segmentum, voire-même au sous-secteur entier. Les tempêtes Warp bloquent toute entrée ou sortie de communications psychiques. J’ajouterai que le chœur astropathique du Logica Sermonem s’est révélé incapable de rejoindre l’avant-poste de l’adepte Cawl, pourtant le plus proche. Nous sommes isolés.

– Le navigator du Drop of Light confirme que le Warp s’épaissit, affirma Carichael de sa voix grave. Capitaine Thotek, les… spécificités de votre légion vous ont-elles été d’aucun secours pour contacter nos frères ?

– Surveille ta langue, ange, cracha Sonzu. Les pratiques des Thousands Sons ne…

– Paix, frère, coupa Carichael avec un sourire sincère. Nos campagnes précédentes et leurs secrets ne sont plus d’actualité. Au nom du sang versé ces dernières décennies, je demande l’honnêteté pour la victoire.

– Sage paroles, acquiesça Thotek. Hélas, frère, le pouvoir de ma confrérie n’est plus le même depuis longtemps, sans même compter la nature particulière de cette région. J’ai envoyé des signaux psychiques aux flottes les plus proches, mais encore une fois, les chances de réception sont minces, sans parler d’attendre une réponse. J’ajouterai que la position lointaine qui est la nôtre, comparée aux autres éléments de l’Imperium, ne simplifie par les contacts.

– Et le… l’ennemi ? demanda le capitaine van Vemri du Purpura Circulo. Ont-ils répondu à nos communications ?

– Toujours pas, répondit Valeer en affichant une mine contrite. Le capitaine Corrardi de la Raven Guard nous envoie en boucle un message nous demandant de nous rendre sans condition au nom du Maître de Guerre, et de déposer les armes.

– Corrardi est un idiot buté, mais l’honneur ne lui fait pas défaut, remarqua Carichael, les mains jointes en signe de réflexion. J’en attendais plus de sa part que de nous tirer dessus sans explication au moindre ordre, Maître de Guerre ou pas.

– Peut-être est-ce le fait des Word Bearers ? suggéra Valeer.

– Expliquez-vous, capitaine, somma Thotek ».

Valeer se mordit la langue, maudissant son impétuosité. En presque cinq années terranes à explorer une Voie Lactée majoritairement obscure, et à côtoyer les impressionnants Astartes, ses craintes de tout s’étaient largement dissipées ; malgré tout, certaines choses restaient délicates à évoquer.

« Le Pater est… discret, avança t-elle d’un ton mesuré. Il est également de notoriété publique que la XVIIème légion est entourée d’un certain sceau du secret. Loin de moi l’idée de manquer de respect à vos frères, messeigneurs, mais les faits dictent la prudence.

– Des frères éloignés, alors, grogna Sonzu. D’un autre côté, le capitaine Valeer n’a pas tort.

– Exact, acquiesça Carichael, la mine sombre. En une demi-décennie à écumer l’espace, j’ai vu ce sycophante à peine dix fois. Il n’est pas facile d’accorder sa confiance à une ombre, peu importe les liens que l’on partage avec elle.

– Continuez à contacter Corrardi, et de même avec le Pater des Word Bearers, ordonna Thotek. Je refuse que nous tirions des conclusions hâtives, surtout dans une situation telle que la nôtre où nous manquons cruellement de connaissances. La confrérie de…

– Excusez-moi cette interruption, cracha l’automate du Mechanicum. Mais la flotte ennemie émerge du Warp ».

 

 

Depuis qu’ils étaient arrivé dans le sous-secteur, la connexion avec leurs Tutélaires était quasi-inexistante, et Vidya se sentait nu sans cette présence rassurante. L’influence bienfaisante de Nomenti l’aidait à s’élever dans les Enumérations, chose encore difficile pour le jeune frère de bataille.

« Le Corax Claws s’approche, signala le sergent Terius par radio. Abordage probable ».

Les membres de l’escouade cliquetèrent en réponse et se positionnèrent dans le vaste hangar, devant les deux autocanons gérés par les servitors. Toute tentative d’abordage de la part de la XIXème se solderait par de lourdes pertes pour eux. Le travail de l’escouade Terius consistait à tenir coûte que coûte la baie de décollage, le temps que les vaisseaux capitaux règlent les problèmes à coups d’obus. Sept autres frères de la XIème les épaulaient.

Soudain, une alarme retentit et une voix désincarnée dégobilla d’incompréhensives fréquences binaires. Puis, malgré l’alerte de proximité, ce fut le chaos.

L’obus de macrocanon déchira la fine pellicule du bouclier avant d’exploser juste en haut du hangar, dans un bruit assourdissant. Le métal se tordit et les réserves de munition explosèrent, tandis que même malgré sa taille, le majestueux Clara Dominum était dévié de sa trajectoire. L’impact cinétique en lui-même était déjà très puissant, mais les explosions secondaires et la soudaine décompression de dizaines de ponts perturba grandement le vaisseau.

Ses boucliers abaissés et sa structure en feu, la barge de bataille commença à dériver dans le vide.

Lorsque Vidya reprit ses esprits, l’enfer l’entourait. Des flammes hautes comme des Titans brûlaient dans une atmosphère presque sans oxygène, léchant des fragments de coques sur lesquels fondaient encore les corps de l’équipage.

Et au milieu de tout cela, trente Cataphractii décimaient les loyalistes, menés par le Word Bearer Pater, dans son manteau de céramite. Leurs bolters d’assaut crachaient des salves meurtrières, contre lesquelles les classiques armures énergétiques ne pouvaient rien. Le carnage était total. D’ici peu, la tête de pont de la Raven Guard allait tous les massacrer, avant de se diriger vers la passerelle et passer le capitaine Thotek au fil de l’épée.

Feulant de douleur et d’impuissance, Nomenti flottait à côté de lui, son corps éthérique insensible à la violence environnante. Le Tutélaire frémissait en réponse à son maître, reflétant les émotions conflictuelles et la peine du Thousand Son.

« Non, murmura Vidya. Non, ça ne se peut ».

Malgré les larmes de rage qui lui brouillaient la vue, sa vision était claire ; les couleurs chatoyantes de l’Immaterium apparaissent distinctement autour de lui, et le feulement affectif de Nomenti résonnait à ses oreilles.

Sans qu’il ne s’en rende vraiment compte, Vidya lévitait légèrement au-dessus du sol, gagnant peu à peu en altitude. Les flammes de l’incendie et les bolts ennemis ne pouvaient rien contre le bouclier kinétique qui l’entourait, tandis que son corps était agité de violents spasmes. La partie consciente de son esprit crut un instant que ses gènes le trahissaient, et que la malédiction de la chair, pourtant absente de la flotte expéditionnaire depuis longtemps, était de retour ; mais Nomenti lui murmurait la vérité, le pouvoir primordial. Il lui contait, avec des images chamarrées, la beauté qui naissait du chaos, et le pouvoir indicible qui en découlait. Il lui montrait que même les étoiles mouraient pour finir par renaître, sous une autre forme, sous un autre nom, mais encore plus lumineuses. L’entropie du chaos était, et serait. Son inéluctabilité ne conduisait qu’à une chose : la puissance, et la volonté de s’en servir.

Son casque implosa lorsque Vidya cria. L’onde sonore impossible parcourut l’espace, détraquant les délicates machineries du Logica Sermonem et tuant sur le coup les funestes astropathes du Colchis Noctem. Deux ailes éthériques se déployèrent dans le dos du Thousand Son, des ailes noires d’où suintait un sang rendu épais par le Warp. Malmenée depuis des décennies par de sombres caprices, la toute puissance des Corvidae se déployait via le jeune guerrier, dont le potentiel psychique se dévoilait peu à peu. Rapide comme un corbeau, Vidya bondit sur les Cataphractii, sa silhouette laissant des traînées noires et rouges derrière lui. Les Raven Guards succombèrent les uns après les autres, incapables de viser cette manifestation de l’Empyrée. La puissance brute de la création se riait de la céramite, dévorant chairs et âmes sans distinction, comme en funeste offrande aux déités primordiales du Warp.

Tout autour de Cyrène, des centaines de Tutélaires bondissaient dans la noirceur de l’espace, transperçant les vaisseaux ennemis et carbonisant les âmes. Le sous-secteur entier disparaissait dans de violentes tempêtes chamarrées, tandis que les manifestations du Warp oblitéraient les ennemis du corbeau de sang.

 

 

Illustration par Janovich : https://www.newgrounds.com/art/view/janovich/space-marines-v-blood-ravens

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