Le murmure de la reine

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Viens.

Lentement, l’esprit puissant qui était le sien quitta la dimension réelle pour s’immerger en lui-même. Il avait senti une présence fugace. Une présence morte, mais puissante. Qu’est-ce qui pouvait, en ces terres, lui parler ? Il connaissait ce continent gelé comme personne. Il repoussa toutes ces pensées, ainsi que la voix mystérieuse, et reporta son attention sur le monde. Il vit les immenses créatures rouges voler au-dessus de la Désolation des Dragons, menées par la redoutable Alexstrasza. Les seuls dragons qu’il avait autorisés jusqu’à maintenant étaient ceux du Vol bleu, et les proto-drakes qui vivaient ici depuis toujours. Que faisaient donc les Vols draconiques ici ? Il repensa un instant à Malygos, le vieil Aspect fou étant lui-même le maître d’un Vol.

Non, ces dragons ne pouvaient être là pour lui. Il se concentra ensuite sur une menace encore plus grande : Dalaran. Comment la cité que son corps avait détruite six ans auparavant pouvait être en train de voler, à seulement quelques kilomètres de sa forteresse ? Le bastion du Kirin Tor était immobile, mais lui-même était bien incapable de savoir quelle puissance reposait dans ses tours nouvellement rebâties.

Libère-moi.

Son esprit sursauta lorsque la voix, aussi sensuelle que terrifiante, aussi féminine que puissante, revint dans son esprit.

Qui es-tu ? pensa-t-il très fort.

Ils m’ont abandonnée.

L’espace d’un instant, ce dernier mot rappela à la partie humaine de son esprit une jeune femme, magnifique, avec laquelle il avait failli danser lors du Voile d’Hiver. Un éclair fugace de sentiments complexes traverse sa psyché, avant de disparaître brutalement. Ne reste plus que cette présence de givre, drapée de deuil.

Qui es-tu pour communiquer dans mon esprit ? Je sens à peine ta présence.

Aide-moi ! Ils m’ont abandonnée ! Mon compagnon, mes amis. Mes alliés.

Encore une fois, l’ancien prince sentit l’endroit où aurait dû être son cœur lui brûler à l’évocation de l’abandon par ses amis, son élue. Puis la partie orque de son esprit raviva sa haine, et lentement, ses yeux s’ouvrirent. Son esprit se coupa de la multitude de serviteurs qui arpentait le continent gelé, et se concentra sur l’immédiateté de l’instant. Ses mains gantées se crispèrent, faisant s’effriter la fine pellicule de givre qui recouvrait son armure. D’autres flocons cristallins s’écoulèrent lorsque son imposant corps frissonna, de nouveau soumis au pouvoir titanesque de son esprit.

 

Sur son passage, ses serviteurs s’écartaient. Les gargouilles s’envolaient en hurlant, et les Vrykuls couraient ou se prosternaient de loin. Il les ignorait, perturbé par la voix. Il était certain qu’elle appartenait à un dragon du Vol bleu, mais que faisait-il ici ? Malygos ou ses enfants n’avaient jamais quitté la Toundra Boréenne. Cette voix était particulièrement différente, chargé d’une émotion effroyable, brute, bien loin de la folie distillée des autres dragons.

Il continuait de marcher inlassablement vers l’endroit d’où provenait la voix. Les étendues gelées qu’il parcourait le laissaient froid. Indifférent à ce qui l’entourait, il avançait vers ce qui semblait être un canyon glacé. Il allait continuer sa progression lorsqu’il vit, au loin, un petit garçon, qui ne semblait même pas avoir dix ans. Ses cheveux blonds lui tombaient jusqu’aux oreilles, et son visage affichait la plus pure innocence. Se contemplant tel qui l’était bien des années auparavant, Arthas grimaça, puis il avança. Le grognement de l’esprit de Ner’Zhul n’était plus en lisière de son esprit, mais en son sein. Les deux entités n’en formaient plus qu’une, libre de tout passé.

D’un simple regard, le roi-liche dissipa l’illusion d’innocence dans les terres glacées environnantes, et continua d’avancer.

Oui ! Libère-moi, et je serais tienne !

La voix était extatique, et chargé d’une puissance indicible. Le roi-liche s’agenouilla, puis balaya d’un revers de la main la neige, révélant ainsi de la glace. Mais celle-ci était foncée, et suintait d’énergies magiques. Il serra le poing, et savoura la puissance qui imprégnait les flocons qui l’entouraient. Puis il se releva, et dégaina son épée.

 

 

Illustration par : https://www.artstation.com/cherlin/albums/all

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