Inquisitrice Drahavel – Chapitre 3

La navette qui entra dans le hangar était élégante, avec deux ailes anguleuses et une longue quille recourbée au niveau du ventre. Deux canons lasers étaient fixés à l’avant, sous le cockpit de verre teinté, et quatre missiles air-sol, deux sous chaque aile, témoignaient d’une puissance de feu inhabituelle pour un appareil de libre-marchand. Malgré tout, Drahavel ne vit aucun symbole de l’Inquisition sur la coque.

L’interrogatrice était présente en retrait, Clarzk et Mdhira à ses côtés. Le Scion avait revêtu sa panoplie complète et tenait son arme de manière alerte ; pour sa part, l’enseigne avait toujours son équipement poussiéreux, et jetait des regards nerveux aux alentours. Drahavel nota néanmoins avec plaisir qu’il gardait une main à proximité du pistolet laser fixé à sa ceinture.

Le capitaine Monetar menait le rassemblement, entouré d’une dizaine de fusiliers d’équipage. Il avait convié l’interrogatrice mais entendait mener les négociations. Malgré son indépendance relative, n’importe quel libre-marchand pouvait être soumis à la loi martiale, et la situation était « déjà suffisamment bordélique pour imposer un peu d’autorité », selon le capitaine.

La navette pivota dans un sifflement déplaisant, et une unique femme en débarqua. Elle dépassait allègrement les deux mètres, son long manteau brodé d’or renforçant sa prestance. Son œil droit était d’un bleu perçant, et le gauche était un remplacement bionique particulièrement imposant, couvrant une bonne partie de son visage. La fine couche de cheveux gris sur son crâne achevait de rendre sa personne sévère.

« Capitaine Monetar, aboya t-elle en inclinant la tête. Je suis la capitaine-marquise Maxyme Symeron exi Dvorah, du vaisseau libre-marchand Catur. Où est l’inquisiteur Lisereand ? ».

Confus, Monetar toussota, et finit par se tourner vers Drahavel. L’interrogatrice soupira et s’avança aux côtés du capitaine, soutenant le regard perçant de la capitaine-marquise. Celle-ci n’était nullement impressionnée par le déploiement de force devant elle, et semblait presque… impatiente.

« Je suis l’interrogatrice Aliead Drahavel, de l’Ordo Hereticus. Puis-je connaître la nature de votre commerce avec l’inquisiteur Lisereand ? ».

La libre-marchande ne répondit pas, et son œil artificielle bourdonna légèrement tandis qu’elle procédait à quelque analyse. Finalement, elle glissa la main dans son manteau et en sorti un élégant porte-feuille, qu’elle ouvrit à la vue de tous.

Drahavel ne put retenir un hoquet de surprise en regardant la rosette qui s’offrait devant elle, symbole incontesté et inimitable de l’autorité inquisitoriale.

« C’est un plaisir de vous rencontrer, lâcha Dvorah d’un ton sec. Peut-être pouvons-nous discuter en privé ? ».

 

 

Bien qu’ayant manifesté son déplaisir d’être laissé en-dehors du coup, Monetar leur avait accordé l’accès à une petite salle de briefing, située au cœur du vaisseau. Les murs dépeignaient, dans un style relativement approximatif, les exploits des Primarques aux côtés de l’Empereur durant la Grande Croisade ; une large table de bois occupait le centre de la salle, mais personne n’avait touché aux rafraîchissements qui y étaient disposés.

D’un côté, la capitaine-marquise Dvorah était assise bien droite, une expression contrite sur le visage. A ses côtés se trouvait un homme large d’épaules, armé d’un imposant bolter ; l’arme de l’Adeptus Astartes aurait dû être presque impossible à soulever, même pour des bras aussi musculeux, mais celui qui s’était présenté comme « un ami d’un ami » ne semblant pas incommodé. Il avait été beau, probablement, un avec regard sombre et charmant. Mais son œil gauche, comme celui de sa maîtresse, n’était plus ; il ne s’y trouvait qu’un orbe laiteux, griffé par de larges cicatrices verticales qui venaient labourer ses cheveux blonds coupés courts. Malgré la blessure impressionnante, il affichait perpétuellement un petit sourire satisfait.

Drahavel, pour sa part, était assise en face d’eux, encadrée par Clarzk et Mdhira. Elle avait noté du coin de l’œil, avec un certain plaisir, que ses deux nouveaux acolytes se tenaient bien droits et la mâchoire serrée. Si la partie devait devenir politique, comme c’était souvent le cas au sein de l’Inquisition, autant avoir des alliés qui dégageaient une forte impression.

« Ce seau vous est-il familier ? demanda Dvorah.

-Oui, bien que je ne m’en rappelle pas, confessa Drahavel.

-Il appartient à l’inquisiteur Arcelo, dont ma maison est liée par pacte inquisitorial depuis dix-sept ans ».

Drahavel hocha la tête, et se réprimanda mentalement pour ne pas l’avoir remarqué. Si Dvorah et son serviteur ne lui étaient pas familiers, elle avait rencontré Loyset Arcelo à deux reprises. L’inquisiteur était un ami proche de feu son maître, établi quelque part dans le secteur Dira. Certes, elle ne l’avait pas vu depuis des années, mais tout de même.

Dvorah soupira lourdement, et dit :

« J’imagine que Lisereand est mort sur Bliscymia ?

-Effectivement.

-C’est bien dommage, se plaignit le porte-flingue, d’un air réellement affligé. C’était une tête de mule d’inquisiteur, pour sûr, mais il savait jouer au régicide. Mal, certes, mais ça m’arrangeait.

-Aucune pertinence, coupa Dvorah sans lui accorder un regard. Interrogatrice Drahavel, ces deux messieurs et vous-même êtes donc les seuls survivants du groupe de l’inquisiteur Lisereand ?

-Pas exactement. Je suis la seule survivante, et ai recruté le Scion Tempestus Clarzk et l’enseigne Mdhira en raison de circonstances exceptionnelles pour m’acquitter d’une mission urgente.

-C’est assez inhabituel, mais j’imagine que la situation l’est aussi, réfléchit Dvorah après un court silence. Nous croisions aux abord du sous-secteur Galeati lorsque nous avons eu votre message. Mes cogitateurs disposent aisément du niveau de décryptage requis, mais votre message m’a laissée… dubitative.

-A quel niveau ? répliqua froidement Drahavel. L’urgence de la situation me paraît claire.

-Elle est encore à déterminer, répondit le porte-flingue d’une voix douce. De plus, l’état actuel des forces de l’Imperium du secteur ne permet pas une réponse appropriée… si tant est que l’Exterminatus soit justifié. En tant qu’élèves de nos maîtres respectifs, vous et moi devrions savoir cela ».

Il produisit la même rosette que Dvorah, et continua, sans se départir de son sourire :

« Je suis l’interrogateur Pietor Loxir. Je vous prie de croire, chère Aliead, que la menace est prise très au sérieux par mon maître. Encore que les symboles trouvés dans la ville de Nestrelia me laissent perplexe.

-Je ne prétends pas les comprendre pleinement, répondit l’interrogatrice. Et sans archive inquisitoriale pour confirmer, la conjecture est le seul outil dont je dispose. Mais vous avez vu comme moi les glyphes du marquage. Le culte de Norandi est en pleine résurgence.

-C’est peu probable, estima Loxir. Près de deux siècles d’inactivité, et retour maintenant ? Cela semble hautement improbable.

-Les probabilités concernant rarement l’Archi-ennemi, rétorqua Drahavel. Si ce culte est de retour, non-seulement le secteur Dira entier est menacé, mais peut-être tout le Segmentum. C’est un risque que nous ne pouvons pas courir.

-Certes, mais est-ce un risque que nous pouvons prendre ? interrogea la capitaine-marquise. Je ne dis pas que la menace n’est pas avérée, mais comme l’a souligné l’interrogateur Loxir, nos forces sont grandement étirées. Une menace beaucoup plus immédiate couvre Dira, et si les forces du Chaos battent en retraite depuis Ultramar comme cela semble être le cas, la situation empirera bientôt.

-Est-ce que nous pouvons nous… ».

Mdhira s’interrompit brusquement, toutes les personnes dans la pièce le fixant. Il maudit encore une fois son besoin d’intervenir, et reprit d’une voix mal assurée :

« L’inqui… l’interrogatrice Drahavel a raison sur un point. Même si je ne connais rien sur ce culte, peut-on vraiment laisser prospérer l’ennemi sur nos arrières ? J’ai vu ce dont ils sont capables en bas.

-L’enseigne a raison, appuya Clarzk en acquiesçant. Je ne dis pas que nous devons sous-estimer la situation suite à la Débâcle de Bliscymia, mais nous avons une lune avec un groupe de cultistes, au moins un Space Marine du Chaos et peut-être d’autres choses sous nos pieds. Si votre maître peut nous aider, tant mieux. Mais si ça n’est pas possible, nous avons quand même une mission à accomplir ».

Drahavel réprima un rare sourire, satisfaite et surprise de son équipe. Prendre la tête d’une opération de son initiative n’avait pas été une chose facile, mais le fait de pouvoir compter sur deux éléments de talent l’aidait beaucoup.

Dvorah émit un bruit de bouche désapprobateur, puis déclara :

« Les communications astropathiques sont perturbées, mais nous avons eu des nouvelles peu avant notre arrivée dans le système. L’inquisiteur Arcelo est entré en contact avec le chapitre des Black Templars, qui ont annoncé qu’un détachement était en route vers Carilia. Nous ne savons pas quand ils arriveront, ni la présence ou non de forces auxiliaires. Ils ont néanmoins relayé notre message aux planètes les plus proches.

-Et Ultramar ? demande Clarzk.

-Aucune nouvelle. Les communications sont délicates depuis le début de la Guerre de la Peste. Le Catur et votre croiseur peuvent tenter d’imposer une surveillance autour de la lune en attendant de plus amples nouvelles de l’inquisiteur Arcelo, mais essayer d’intervenir serait de la folie ».

Drahavel voulut répliquer que le Chaos n’attendrait pas, peu importe l’arrivée des Black Templars. Elle voulut expliquer que si le culte de Norandi était de retour, les jours sombres de l’Hérésie risquaient de se reproduire. Elle voulut aussi leur dire que s’il fallait, elle retournerait sur Summena III seule pour enquêter sur la menace, et l’éradiquer.

Mais des sirènes hurlèrent avant qu’elle ne put ouvrir la bouche, et la salle de réunion fut plongée dans une lumière rouge.

« Oh, bordel de merde, geignit Mdhira. Les alarmes de proximité.

-Ce qui veut dire ? demande Clarzk d’un ton dur.

-Ce qui veut dire qu’on a un hostile en approche ».

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