Inquisitrice Drahavel – Chapitre 4

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Le capitaine Gideon Monetar lissa pensivement sa moustache, puis finit par déclarer :

« Très bien, mais fermez tous les hangars dès le moment où elle quittera le vaisseau. Et positionnez-nous en parallèle du Catur. Peu importe à quel point elle s’imagine talentueuse, son caboteur ne pourra pas faire grand-chose ».

Tandis que son équipage s’affairait, Monetar se pencha vers les écrans d’observation, ignorant délibérément les affichages tactiques qui s’affichaient petit à petit. Avant tout combat, il aimait à voir et apprécier l’ennemi ; étudier chaque ligne de sa coque, deviner l’emplacement de chaque batterie d’arme et, au final, de comprendre la proie pour mieux la chasser.

Mais l’abomination qui se rapprochait d’eux était difficile à cerner, même pour un vétéran comme lui. Long de près de cinq kilomètres, le léviathan à coque brune était large ; des renflements d’aspect presque organique pulsaient le long de sa coursive principale, tels des cœurs annexes perclus de tumeurs cancéreuses. Il avançait pesamment, propulsé par des moteurs qui dégageaient une lueur verte maladive.

« Analyses structurelles compilées, annonça un officier. Le schéma originel peut correspondre à un croiseur lourd, mon capitaine, mais c’est assez délicat d’en être sûr ».

Monetar grogna en guise de réponse, et réajusta lui-même la trajectoire du vaisseau. La guerre du secteur Dira avait prélevé des vies à l’équipage du Memories of Carilia, bien sûr, mais ça n’était pas pour ça que le vaisseau tournait au ralenti ; près d’un tiers des membres d’équipages de tous les vaisseaux avaient été retirés en urgence pour regarnir les navires arrivés en urgence. La guerre de ces dernières années avait vraiment exigé un lourd tribut, et l’Imperium avait malgré tout était défait.

Les portes de la passerelle s’ouvrirent, et l’interrogatrice entra à grand pas. Mdhira la suivait, incertain de la démarche à suivre dans cet environnement familier, et pourtant si distant.

« Capitaine Monetar, salua t-elle en se positionnant à côté du trône de commandement. Rapport de situation, je vous en prie.

-La situation est quelque peu délicate, répondit le capitaine, les sourcils froncés. L’appareil ennemi était dissimulé par les interférences électromagnétiques créées par Summena, ce qui explique que nos balayages ne l’aient pas détecté plus tôt. Si je devais émettre une théorie, je pense qu’il attendait notre départ pour récupérer les troupes au sol.

-Et pourquoi attaque t-il maintenant ?

-Nos blessures, avança Mdhira. S’ils nous ont observés suffisamment longtemps, ils ont remarqué que nous ne sommes pas au mieux de notre puissance. Même avec le Catur à nos côtés, nous représentons une proie facile.

-Effectivement, approuva Monetar. Maintenant, taisez-vous tous ».

Le capitaine exhala lorsque les prises situées sous ses poignées intrachargèrent de nouvelles données, et qu’il fusionna avec les moteurs du vaisseau. L’artillerie était toujours aux mains de ses officiers et des serviteurs de pont, mais son cortex cérébral contrôlait la fureur du vaisseau. D’une pensée complexe, il pouvait réorienter le navire entier dans la direction souhaitée, tandis que son imagination adoptait des vecteurs d’attaque que même un cogitateur n’aurait pas envisagé. A bien des égards, la fusion entre un cerveau et un vaisseau était risque, mais l’alliance du génie biologique et de l’efficacité mécanique valait le coup ; Monetar appréciait ces moments de communion et de puissance quasi-divine, conscient qu’un jour, cela serait son quotidien infernal.

« J’aime pas trop ça, déclara soudain Mdhira. On dirait qu’ils veulent nous éperonner ».

C’était presque vrai, nota Monetar, mais pas assez. Le vaisseau ennemi progressait de manière agressive, mais la légère inclinaison de son ventre témoignait d’une dérivation prochaine. Il allait en résulter un déluge de tir à courte portée, comme dans les anciens temps de Terra, où la puissance des bordées et le nombre des canons étaient les seuls facteurs déterminants.

Ou alors, il existait une deuxième option, bien sûr. Une option terrible puisqu’elle les condamnerait.

« Préparez-vous à un abordage, prévint Monetar. Demandez au Catur de se positionner au-dessus de nous et d’intercepter tout appareil pénétrant dans notre zone de sécurité. Et faites apprêter les fusiliers ».

Comme chaque vaisseau de la Flotte, le Memories of Carilia transportait un équipage de combat, pour repousser les abordages et maintenir la sécurité à bord. Relativement bien entraînés, ces fusiliers n’en étaient pas moins réduits à une maigre centaine, et pas assez équipés pour repousser ce que l’ennemi enverrait sur eux.

Etrangement, le croiseur adverse n’avait déployé aucun écran de chasseur pour se protéger, ou de bombardiers offensifs. Monetar analysa la base de données du Memories of Carilia, mais ne trouva aucune correspondance sur les engagements des dernières années. Soit ce vaisseau avait perdu ses escadrilles récemment, soit il n’en transportait aucune.

« Nous sommes à portée de tir, annonça un lieutenant. Les armes de proue sont à vos ordres.

-Feu à volonté, annonça Monetar. Que tous les équipes d’artillerie tirent de tous les ponts tirent jusqu’à anéantissement total de la cible. Les fusiliers devront me faire un rapport en cas d’évolution de la situation, mais les ordres restent inchangés. Anéantissement total ».

Les batteries de laser et les tubes lance-missiles de proue, bien que peu nombreux, déchaînèrent la sainte colère de l’Empereur. Monetar sentit son vaisseau frémir, et la satisfaction de l’esprit de la machine d’enfin s’exprimer. Mais la tâche du capitaine serait bien plus compliquée : lorsqu’ils se croiseraient, les deux vaisseaux allaient libérer une puissance dévastatrice à bout portant, dont les ravages seraient titanesques. Seul un roulement efficacement pour répartir les dégâts leur permettrait de ne pas finir en éclats ardents. Ou en tout cas, d’infliger ce sort à l’ennemi avant de succomber.

Le croiseur impérial frémit lorsque ses boucliers frôlèrent ceux du vaisseau corrompu, les proues des deux navires se rapprochant dangereusement.

« Transmission du Catur, annonça un serviteur. Baies de largages en position d’ouverture détectées sur le navire adverse.

-Les batteries dorsales ont commencé à tirer, commenta le lieutenant d’artillerie.

-Les boucliers tiennent bon, mon capitaine.

-Brèche au niveau du pont trente-six.

-Enrayement du tube quatre-cinq-epsilon, mon capitaine ».

Monetar écoutait les rapports sans y répondre, assimilant les informations pour changer sans cesse son plan de bataille. Le Memories of Carilia encaissait les dégâts avec dignité, et ripostait sans discontinuer. Mais le vaisseau du Chaos était étonnamment résistant, et ses sabords entourés de métal vivant – et hurlant – s’illuminaient sous un déluge de feu.

Et malgré l’intelligence mécanique qu’il partageait avec le vaisseau, c’est au plus profond de ses tripes qu’il sentit que quelque chose allait mal se passer.

 

 

Clarzk pénétra dans la baie de lancement au moment précis où celle-ci cessa d’exister.

Son fusil radiant bien en main, il avait couru aussi vite que possible afin de rallier la trentaine de fusiliers mobilisée sur place, bien décidé à défendre chèrement cette section du croiseur. Un abordage réussi se solderait à coup sûr par une défaite, aussi empêcher l’ennemi d’établir une tête de pont était une tâche vitale.

Lorsque l’épaisse porte blindée s’ouvrit, l’adrénaline saturant le sang de Clarzk lui fit expérimenter ce fameux temps de combat, que connaissaient tous les vétérans. Il vit avec une clarté exceptionnelle les trente-trois soldats impériaux, impressionnants dans leurs uniformes cobalts. Ils s’étaient tous abrités derrière des caisses de ravitaillement disposées avec hâte, établissant des postes de tir croisés en un temps record.

Clarzk expérimenta la brusque dépressurisation lorsqu’un énorme appareil d’assaut pénétra dans la baie, les boucliers du croiseur impérial trop malmenés pour espérer remplir le rôle. Il suffit au Scion d’un simple regard pour reconnaître un Thunderhawk, véhicule ô combien meurtrier de l’Adeptus Astartes. Dans un vrombissement de ses moteurs, l’engin de destruction tira deux missiles sous ses ailes, leurs charges étant conçues pour annihiler des véhicules blindés.

Edmund Clarzk eut le temps d’avoir une pensée pour son devoir, qu’il avait été incapable d’accomplir à temps. Le Memories of Carilia allait être anéanti, et lui n’avait rien pu faire pour l’en empêcher.

 

 

 

 

Illustration : petite montage vite fait, mettant en avant une illustration de Balázs Pirók : https://www.artstation.com/artwork/oeW3q

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