L’Affaire noire – Chapitre II

Carnet d’Emile Bonti

Il faut que j’écrive, il faut que je couche sur papier ce que je vis, ce n’est pas possible c’est un cauchemar, ça ne peut pas être possible ? J’ai essayé d’appeler Ludo il ne répond pas.. Merde qu’est-ce que je dois faire ? Je dois me calmer.. Je vais raconter l’histoire depuis le début, peut-être que des détails vont me revenir, vont me faire comprendre… Bon..

Tout commence il y a deux mois, quand Brigitte est venue me voir pour me proposer un voyage avec l’amical pour le Pérou, elle savait que je n’y étais encore jamais allé et que j’ai un faible pour l’Amérique du sud. Bien entendu, j’ai directement accepté, je ne pouvais pas refuser une telle offre. Nous devions partir avec Brigitte et deux autres personnes de l’amicale que je ne connaissais que de loin, Anna et Maxime. L’organisation du séjour était plutôt simple, nous devions arriver à Lima, y passer 2 jours pour rencontrer Pablo, notre guide, qui devait nous faire visiter la capitale, puis prendre ensuite un bus pour Atalaya. De là nous devions partir sur une grande marche en forêt avec Pablo, et des porteurs pour se rendre au temple de Uktualpa, passer la nuit à proximité dans des tentes, et revenir le lendemain pour poursuivre vers Pucallpa, puis sur Tarapoto, d’ou nous prenions un Avion pour rejoindre Lima avant de revenir en France. Le tout s’étalant sur un peu moins de deux semaines.
Tout s’est passé comme convenu, nous avons retrouvé Pablo, profité de la ville de Lima et rejoint Atalaya en bus. Nous avons ensuite pris un minibus avec les porteurs, Pablo, et nous quatre, et nous nous sommes enfoncés dans les montagnes et la forêt pendant des kilomètres sur des routes défoncées. Nous avons finis par nous arrêter au bord d’une rivière et avons commencé une marche quelque peu difficile dans la montagne, nous avons bien marché.. 5 heures je dirais, avant d’arriver à ce fameux temple en ruine. La nuit commençait à tomber et Pablo nous promis de nous faire la visite le lendemain, l’heure étant à la préparation du campement et des repas.

C’est durant cette nuit la qu’il se passa une chose étrange, je ne sais toujours pas aujourd’hui si j’ai rêvé, ou si cela m’est bel et bien arrivé. La nuit est claire, très claire, les étoiles brillent de milles feux et le croissant de lune projette des ombres fantastiques sur la terre. Les animaux poussent des hurlements perçants et s’activent comme des diables dans les hauteurs des cimes. Je me demande d’ailleurs comment mes collègues peuvent dormir avec un boucan pareil. Je déambule, paisible, la lumière du ciel me permettant de voir relativement bien, et me dirige inconsciemment vers le temple. Je contemple un mur d’enceinte se situant à quelques dizaines de mètres devant moi et pense qu’un jour des mains ont taillé et positionné ces blocs ainsi, de manière à ce qu’ils n’aient plus à bouger pour les siècles et les siècles à venir. J’entraperçois soudain deux silhouettes humaines se glisser sous l’arche faisant office de porte, et me dirige vers elles en pensant qu’il s’agit de Pablo ou de porteurs. En arrivant la, je ne vois personne, je tends l’oreille, mais n’entend rien d’autre que le vacarme des animaux nocturnes. Je commence à rebrousser chemin lorsque j’entends distinctement une voix, une voix d’homme, puis une deuxième qui lui répond en chuchotant. Je me dirige alors vers la source des voix en empruntant un petit corridor de pierre me menant dans une rue entre deux remparts, je vois au bout de la rue une silhouette qui bifurque à droite et j’accélère alors la cadence en la hélant, mais elle semble ne pas entendre ma voix, ou fait mine de ne pas m’entendre. J’essaie de marcher le plus vite que je peux pour rejoindre le coin de cette rue, mais je me fatigue et m’arrête pour reprendre mon souffle. Je me rend alors compte que le silence est désormais total, je n’entends plus un seul animal crier, plus un seul oiseau chanter, seul le bruit du vent sifflotant entre les pierres me permet de savoir que je ne suis pas soudain devenu sourd.

L’angoisse commence alors à s’insinuer en moi, il est tard, je suis dans des ruines d’une civilisation oubliée, il faut vite que je rebrousse chemin. Mais voila, j’ai beau essayer de refaire le chemin en sens inverse, je n’y parviens pas. Je tourne et je vire pendant un temps qui me semble interminable dans ce temple, j’ai parfois l’impression d’entendre un bruit de pas dans mon dos, un susurrement dans mon oreille, un cri lointain, un rire, et plus la peur s’empare de moi, plus je me fatigue et me perd dans ce qui me semble être un énorme labyrinthe. Alors, à bout de souffle, je m’arrête dans une salle et regarde ce qui se trouve autour de moi. La pièce est plongée dans l’obscurité mais les quelques ouvertures me permettent de discerner des reliefs sur les murs, représentant des entités aux visages déformés, et aux membres tordus. Certains reliefs représentent des enfants, léchés par des flammes, puis dévorés ensuite par des démons. Au centre de ce qui me semble être une chambre de rite, il y a une table de pierre, tout juste assez grande pour y allonger le corps d’un enfant. Une petite rigole est sculptée sur tout le pourtour de la pierre et s’ouvre en un point unique, donnant sur une pierre sculptée permettant d’y disposer une bassine. Je ne comprends que trop bien ce à quoi sert cet outil de sacrifice, et, précisément au moment ou je décide de faire demi-tour pour réessayer de sortir de ce labyrinthe, des hallucinations s’emparent de moi.

Je vois par les yeux de quelqu’un d’autre, des hommes beaucoup plus grands que moi m’escortent à ma gauche et à ma droite, je reconnais le temple que je viens de parcourir, mais il est luxueux et éclairé de nombreuses torches, les murs sont recouverts de peintures colorées et la végétation y est agréablement répartie, je rentre dans une pièce sombre avec ces hommes, je ressors de ce corps et ai l’impression de retrouver le mien, j’ai une fugace vision d’un enfant de dos me traînant par les pieds, je suis de nouveau dans le corps de l’enfant, je supplie qu’on m’épargne, mais un couteau dessine des motifs lentement dans la chaire de ma poitrine, je reviens dans mon corps, un visage inhumain aux yeux sans paupières me renifle les joues en collant un nez décharné sur ma pommette, je suis encore cet enfant, et des pierres s’amoncellent devant moi, je suis en train d’être emmuré vivant, je hurle et supplie pour qu’on me libère, je reviens dans mon corps, une créature étrange et disproportionnée est de dos et murmure des paroles dans un dialecte inaudible, les visions sont alors de plus en plus floues, je me souvient en particulier éprouver un sentiment d’euphorie intense en découvrant un objet, puis c’est le trou noir, je me réveil le lendemain, et me dit que je n’avais encore jamais fait un cauchemar aussi déroutant.

Lorsque je sors de ma tente, tout le monde est déjà réveillé, les porteurs s’activent à nourrir le feu, et Pablo discute avec les autres membres du groupe. Ils me charrient un peu sur mon réveil tardif et nous prenons le petit-déjeuner tous ensemble. Un mot me revient à l’esprit, un mot qui semble me hanter et dont je ne connais pas la signification : Maheltek. Je ne cesse de retourner ce mot dans tous les sens pendant le repas mais ne parvient pas à savoir ou j’aurais pu le lire ou l’entendre.
Nous commençons la visite avec Pablo et faisons un rapide tour des ruines, c’est un lieu relativement petit, bien trop petit pour s’y perdre, deux murs d’enceintes successifs enferment un temple central constitué d’une pièce unique. Cette pièce est dénuée de tous motifs et ne possède aucune table. Je suis quelque peu déçu d’avoir marché si longtemps pour cela mais je ressens un grand soulagement, j’ai bel et bien rêvé, car ce temple n’est définitivement pas celui qui a occupé mon esprit la nuit précédente.

Avant de repartir de ce lieu et de reprendre le chemin pour l’autocar, en rangeant mes affaires, je sens un objet dur et relativement lourd au fond de mon sac à dos, mon cœur s’arrête un instant en voyant de quoi il s’agit, un magnifique coquetier, orné d’une pierre brillante rouge. Cet objet est tellement magnifique que je m’empresse de le remettre au fond du sac, en prenant soin de l’envelopper dans un petit linge de soie, soucieux que quelqu’un ne remarque mon nouveau trésor. Sur le chemin du retour, je demande à Pablo si le terme Maheltek lui dit quelque chose, il s’arrête alors et me demande de répéter, mi amusé mi inquiet par ce que je viens de lui demander, je répète ce mot et alors l’amusement laisse place à une pleine inquiétude. Il me demande d’un ton sérieux ou j’ai entendu ce mot, ce qui me surprend, car il a toujours été rieur avec nous depuis le début de ce voyage. Je bredouille que je l’ai lu quelque part dans un livre à l’aéroport, et lui redemande s’il connaît la signification. Il répond à ma question par une question, et me demande si je suis allé seul dans le temple, je fais mine de ne pas comprendre et lui assure que non, et que je ne comprends pas pourquoi il prend cela de manière si sérieuse. Il me demande alors si quelqu’un m’a remis un objet, je commence à me sentir mal et pense au coquetier au fond de mon sac, apparu comme par magie. Je nie avoir reçu quoi que ce soit et lui dit d’oublier ma question, que ce n’est pas grave. Il s’est alors placé devant moi et m’a regardé droit dans les yeux, avec un sérieux qui me fit presque peur, puis il m’a dit : Maheltek signifie Malédiction, c’est un mot qui a disparu de notre langue depuis déjà de nombreuses années, aucun livre ne contient ce mot dans les aéroports, alors je répète ma question, avez vous été dans le temple cette nuit, avez vous reçu un objet quelconque ? Cette situation commençait à m’agacer, je ne suis pas de ces gens qui se laissent avoir par un petit tour de passe-passe, je lui assurais donc que rien ne s’était passé, et que j’aimerais maintenant reprendre la route pour ne pas arriver trop tard. Ce qui m’agaçait surtout, c’était de devoir m’imaginer me séparer de la splendide pièce que j’avais trouvé. Nous rejoignîmes alors notre itinéraire, et j’achetais en revenant un livre sur le temple que nous venions de visiter.

Le voyage se termina sans embûches et nous rentrâmes en France. Le dernier jour, à l’aéroport de Lima, juste avant de partir, Pablo revint vers moi et me tendit un papier avec une adresse, et il me dit simplement, ne l’utilisez pas, ramenez le à cet homme si il s’empare de vous, ou vous connaîtrez les pires des tourments, je vous assure qu’il existe pire que la mort. Je rigolais de ces stupides superstitions et rentrait chez moi le cœur léger, le cauchemar étant loin derrière. Pour ce qui est du coquetier, j’en étais venu à me dire qu’un de mes collègues l’avait placé la pour me faire une surprise, mais de peur que Pablo le remarque, j’avais préféré ne rien dire du tout.

Je rentrais en hâte chez moi afin de pouvoir enfin profiter de mon nouvel objet tout à ma guise. Je gardais mes portes et mes volets fermés afin d’être tranquille, pris mon nécessaire à huile et à graisse, et entrepris de soigner méticuleusement ma nouvelle pièce maîtresse. Cet objet était de loin le plus bel objet que j’eu jamais vu, il était fin, parfaitement proportionné, un fin liseré sculpté avec perfection ornementait tout le pourtour du col et la pierre rougeoyante était sertie dans un enchâssement parfaitement réalisé. Je mis au départ ce coquetier dans mon salon, pour pouvoir le contempler pendant mes repas, puis dans le couloir, pour le voir lors de mes nombreux allez retour, puis dans ma chambre, en face de mon lit, et finalement je décidais de le garder toujours avec moi, dans une petite boîte de protection que je fourrais dans ma poche. J’étais conscient d’être idiot à vouer un tel attachement à un objet, mais c’était plus fort que moi, il me possédait littéralement, et cela me plaisait.

Après quelques jours, je commençais à penser au moment ou je me déciderais à inaugurer mon fameux coquetier, je voulais faire ça dans les règles de l’art, et déguster mes œufs avec de la bonne musique et du bon vin. Je me décidais alors un soir et me procurais de bonnes bouteilles ainsi que des œufs frais de la ferme voisine. Je m’installais à table, me servait un bon verre de vin et dégustais mon premier œuf, il fut délicieux, la cuisson était parfaite, le vin se mariait divinement, je considérais, un peu par excès de zèle, que ce fut le meilleur œuf à la coque que j’eu jamais mangé. Je montais alors me coucher, fort satisfait, et lu un peu de mon livre sur Uktualpa avant de m’endormir, si j’avais su de quoi j’allais rêver, j’aurais préféré ne plus jamais dormir jusqu’à la fin de mes jours.

Ce rêve, ou plutôt ce cauchemar qui va me hanter cette nuit la, était d’un réalisme effrayant. J’étais dans un corps qui pouvait se mouvoir très facilement, très rapidement et traverser les murs, tout en volant. Je ne possédais pas de corps physique, juste une vision, et une volonté, celle de trouver quelqu’un. Je cherche quelque temps puis un sentiment d’euphorie me traverse, j’ai trouvé ce que je cherchais, je fonce vers le toit d’une maison, le traverse et rentre de plein fouet dans le corps d’une femme. Je suis elle maintenant, je me lève du lit, mon mari ne m’entends pas et ronfle, j’ouvre la porte de la chambre, je descends les escaliers en fredonnant un petit air, ouvre la porte extérieure de mon salon et me dirige dans le jardin, en direction du cabanon, toujours en fredonnant. Je rentre dedans et je m’enferme, j’entreprends alors ce pour quoi je suis venue ici, c’est à dire trouver une pince pour pouvoir m’arracher les ongles, ils me gênent. La tâche est difficile, je ne pensais pas qu’ils étaient si solidement attachés à mes doigts, il est difficile de continuer à fredonner en effectuant une tâche si fastidieuse. Au bout d’un temps relativement long, j’ai finalement réussi, les dix morceaux de chairs sont éparpillés dans la pièce, traînant dans la poussière ou posés sur l’établi, j’hésite à en faire un collier, puis me ravise, il est temps de dessiner. Je trace les formes que je connais depuis toujours sur le mur, je m’applique, car c’est la dernière fois que je le fais, après, je vais devoir mourir. Je trace mes dernières lignes, et, consciencieusement, je m’empare d’une serpe que j’enfonce méticuleusement dans ma tempe, il suffit juste d’aller assez loin pour que l’effet escompté arrive. Le fredonnement devrait bientôt s’arrêter.

Je me réveil à ce moment précis, au milieu de la nuit, j’ai froid mais je suis en sueur, je descends boire un verre d’eau et me rassure en me disant que ce n’était qu’un cauchemar, un très mauvais cauchemar. Quand je reviens dans la chambre pour me coucher, je remarque que le coquetier se trouve sur ma table de nuit, hors de sa boîte, j’étais pourtant persuadé de l’avoir rangé à sa place dans le tiroir, je ne m’en soucie pas trop, je me rendors et fini ma nuit normalement. Le lendemain, je reçois un coup de téléphone de Grégoire, un ami de l’amical, je ne réponds pas et il me laisse un message, me demandant si je suis au courant pour Anna, et que je dois allumer la radio. Ce que j’y entends me laisse KO, je suis sonné, je n’ai même plus la force de me lever pour faire quoi que ce soit. Comment est-ce possible ? Je me persuade que je suis en train de rêver et que je vais me réveiller, mais je suis malheureusement dans le monde réel, Anna est bel et bien morte, retrouvée dans son cabanon, les ongles arrachés et une serpe enfoncée dans le crâne. Son mari est inerte, il a été emmené à un hôpital psychiatrique, on ne sait pas si il survivra à ce choc.

Je passe ma journée à réfléchir, et repense à ce que m’a dit Pablo à l’aéroport, je décide d’envoyer un courrier à l’adresse qu’il m’a indiqué, en demandant de l’aide. Cela va prendre du temps, mais je n’ai pas d’autre alternative, je ne vais tout de même pas retourner au Pérou pour quelque chose d’aussi absurde et inexplicable. Je passe ainsi ma journée sans bouger, puis le soir, une envie irrésistible de manger un œuf dur sur mon coquetier s’empare de moi. Je me raisonne et me dis que c’est trop tôt, mais l’idée persiste et un débat farouche commence à s’engager en moi même. Je finis par écouter la raison et laisse le coquetier ou il est, dans son tiroir, je me dis qu’il serait peut-être temps de commencer à mettre un peu de distance avec cet objet, et je ne suis pourtant pas d’un naturel superstitieux.

Je me force à ne pas le regarder le soir, avant de m’endormir, et passe une mauvaise nuit. Je ne me souviens pas de mes rêves, mais je sais qu’ils sont lourds et que mon sommeil n’est pas reposant, je crois me souvenir revoir le visage de cette espèce de créature sans paupières m’ayant reniflé les joues. Le lendemain, la première chose que je fais est de regarder mon coquetier, je lui promets que ce soir, je l’utiliserais pour manger un bon œuf. La journée se passe bien, et je tâche de ne pas penser à Anna, je ne sais pas pourquoi mais j’arrive à m’extraire parfaitement de ce que j’ai rêvé et de ce qui lui est arrivé, je ne peux pas être le responsable, j’étais la à dormir dans ce lit. Parfois j’ai un élan de lucidité et je sombre dans un profond mal-être, mais penser à mon petit festin du soir me redonne le moral, et je poursuis ma journée en sifflotant. Je réitère donc le soir, comme promis, mon petit rituel, et re déguste un œuf délicieux accompagné d’un Nuits-Saint-Georges. .Ma soirée se déroule parfaitement, comme dans un rêve, et je rejoins mon lit pour m’y endormir confortablement.

Je suis de nouveau léger, rapide et volant, je cherche quelque chose et me déplace à une vitesse fabuleuse, je trouve ce que je cherche avec joie et me précipite vers ce nouvel hôte. Je suis désormais cette femme, je me lève de mon lit et me dirige vers le grenier, j’utilise une chaise pour ouvrir la trappe et me hisse à la force de mes bras, je ne pensais pas que j’avais autant de force, c’était d’une facilité déconcertante. Je me rends compte que j’ai oublié le marteau et les clous, suis-je bête, je redescends donc en sautant avec la souplesse d’un chat, et me dirige grâce à mes quatre membres vers l’atelier pour faire un minimum de bruit et ne pas réveiller mon fils qui dors à la maison pour le week-end. Je récupère le marteau et les clous, ainsi qu’un cutter, j’aurais failli l’oublier. Je remonte à l’étage sur mes quatre membres et retourne dans le grenier avec une facilité désopilante, cela me fait rire. J’entreprends alors de clouer soigneusement ma main gauche sur une poutre apparente de la charpente, c’est n’est pas facile de tenir le clou, mais une fois qu’il est entré de quelque centimètres il tient tout seul, et c’est bien plus facile. Le plus dur est effectué, je peux me suspendre et je ne me décroche pas, je peux désormais entamer la deuxième phase de mon plan. Je baisse mon pantalon avec ma main libre et utilise mon cutter, la lame est largement sortie et est neuve, elle s’enfonce aisément dans ma cuisse, j’effectue ainsi une large entaille qui libère une quantité de sang impressionnante, je n’aurais pas pensé qu’autant de sang pouvait sortir aussi vite de mon corps, le fait de le voir surgir par à coups me fait rire de nouveau. J’entreprends alors de faire pareil avec l’autre cuisse, il faut que je me dépêche, car je vais bientôt perdre connaissance. J’effectue de nouveau une belle entaille, mais le débit semble se tarir, je suis un peu déçue.

Je me réveille de nouveau en sursaut, couvert de sueur et frigorifié. Ce n’est pas possible, je ne peux pas croire qu’une autre personne est morte, serait-ce Brigitte? Je descends dans ma cuisine et ne ferme plus l’œil de la nuit, j’allume la radio, et attends. Et ce que j’attendais arrive, on annonce la mort de Brigitte, je reçois des coups de téléphone mais je ne réponds toujours pas, que se passe-t-il ? Je crois que c’est à partir de ce moment que je perds la mémoire, j’ai des trous qui peuvent durer, selon mon estimation, plusieurs heures, mes dernières journées sont parfaitement floues, je me rappelle re manger un œuf, boire du vin en grande quantité, manger du sable et sauter dans l’eau, entendre une information me disant qu’on m’a retrouvé dans l’eau, et aujourd’hui, je retrouve un petit moment de lucidité pour la première fois depuis un long moment. Je sais ce que je dois faire, écrire m’a ouvert les yeux, c’est désormais mon tour, je vais manger mon dernier œuf.

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