Loin des yeux, près du cœur | Chapitre 1

« Il était une fois, un roi et une reine qui se désolaient de ne point avoir d’enfant. » lisait Morgane à ses filles, Charline 9 ans et Anaïs 6 ans.
Morgane, concentrée sur les lignes décrivant la vie d’Aurore dans ce conte qui lui rappelait tant son enfance, n’avait pas remarqué que ses deux enfants avaient rejoint les bras de Morphée. Ce n’est qu’après quelques chapitres qu’elle s’en aperçu et qu’elle décida d’aller à son tour se coucher, elle avait besoin de sommeil. Elle embrassa ses filles et descendit dans sa chambre, vide. Elle regarda cette pièce et en fit le tour plusieurs fois. Les meubles et bibelots étaient placés de la même façon depuis son départ, cela faisait maintenant 6 mois que Louis était parti et elle n’avait pas eu la force de changer la disposition de ceux-ci. C’était trop dur pour elle de modifier ces souvenirs et d’altérer cette pièce qu’ils avaient partagés durant tant d’années.
Son regard fut attiré par une enveloppe, rouge, posée sur l’oreiller de son défunt mari. Elle s’empressa de rejoindre le lit et déchira le papier, plus résistant qu’elle ne le croyait.
« Bonjour Mimi Jolie,
Retrouve-moi à l’endroit de notre première rencontre à l’heure à laquelle Anaïs est née, il faut que je te parle, c’est important. N’oublie pas le code, je te fais confiance.
iLy »
Morgane ne comprenait pas.
Comment quelqu’un avait-il pu entrer dans la maison sans qu’elle s’en aperçoive ? Comment cette même personne avait pu même connaître ce surnom et cette signature ? iLy, i L(ouis)ove you. Seul son mari pouvait avoir écrit ça. Seulement, son mari avait été assassiné quelques mois plus tôt.
Elle regarda l’heure, le réveil posé sur sa table de nuit affichait 21h23. Comment pouvait-elle être à l’autre bout de la ville dans moins de 40 minutes tout en sachant que ses filles dormaient à l’étage ?
22h01, c’était l’heure à laquelle Morgane devait être à la Tour Eiffel. Seulement à cet instant elle était assise sur son lit, et bouleversée par cette lettre, sans personne pour garder ses enfants. Une idée lui vînt, elle s’empressa de décrocher son téléphone et composa le numéro de Sarah la petite voisine étudiante en droit et baby-sitter des filles depuis la mort de Louis. Un bip… deux bip… pas de réponse. Morgane réessaya, une petite voix répondit.
– Oui Mo, que se passe-t-il ? Les filles vont bien ?
– Oui ne t’inquiète pas, pourrais-tu justement venir les garder une ou deux heures ? J’ai une urgence à régler… elles dorment tu n’auras qu’à mettre Netflix, je t’allume la télé !
– J’ai mes partiels cette semaine Mo, je ne…
Morgane lui coupa la parole et trouva un argument qui ne pouvait être refusé.
– Je te paie le double de d’habitude Sarah ! Tu pourras réviser à la maison, comme je te l’ai dit les filles dorment, à poings fermés. C’est vraiment important.
– D’accord… j’enfile une veste et j’arrive.
– Merci, merci.
Elle n’attendit pas de réponse de la part de son interlocutrice, elle jeta le téléphone sur son lit et courut enfiler une tenue correcte.
4 minutes, c’est le temps que Sarah mît à arriver. Morgane lui ouvrit la porte, lui dit bonjour et sans même lui donner d’instructions monta dans sa voiture.
21h31 affichait le cadran orangé de sa Clio. Il lui restait 30 minutes pour arriver au lieu de rendez-vous, elle était dans les temps. Dans la voiture elle retournait encore une fois le scénario dans sa tête. Comment son mari décédé avait-il pu lui écrire une lettre et la poser sur son lit ? Qui avait connaissance de la signature de Louis et du surnom qu’il lui donnait ? Personne, c’était impossible, Louis était un homme timide et il ne parlait que très rarement de lui. La seule raison logique serait que son mari soit vivant. Ce qui était aussi impossible, elle était là le jour de l’enterrement, elle l’avait vu et avait pleuré des heures près de lui, près de son corps sans vie.
21h58, 3 minutes, c’est le temps qu’il lui restait pour courir à travers le champ de Mars et rejoindre l’écrivain mystérieux. Elle courut, plus vite qu’elle ne l’avait jamais fait. S’il y avait une chance que son mari soit encore de ce monde ou que quelqu’un lui explique les conditions de son assassinat il fallait qu’elle la saisisse.
22h01, heure du rendez-vous, elle était arrivée, ponctuelle, ce qui n’était pas dans ses habitudes. Elle observa autour d’elle, personne, seuls quelques promeneurs étaient présents sous la Dame de Fer. On se jouait d’elle pensât-elle quand elle vit l’enveloppe rouge dépasser du Kiosque. C’est dans ce même Kiosque que les deux tourtereaux avaient partagé une gaufre au sucre pour la première fois. Morgane se souvint de ce premier rendez-vous. Son prétendant avait soufflé sur le sucre glace en voulant prendre une bouchée, et s’était transformé en bonhomme de neige. Morgane, elle, était pliée de rire, cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas autant ri. Ce souvenir lui fit esquisser un sourire. Elle secoua la tête pour dissiper cette pensée et son sourire, elle ouvrit l’enveloppe. De nouvelles instructions y étaient écrites.
« Mimi,
Je sais que ça doit te paraître dingue mais je ne peux pas me montrer, pas encore. J’espère que tu ne m’en veux pas trop, je sais que tu n’aimes pas les devinettes.
Demain, il faut que tu ailles à notre restaurant favori, un ami t’y attendra. Je pense que vous avez beaucoup à vous dire.
iLy »
Morgane ne savait pas qui écrivait ces lettres mais elle pensa que ce dernier se moquait d’elle. Le restaurant favori du couple se trouvait à Deauville !

À SUIVRE…

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